Sainte Thérèse de Lisieux

(2 janvier 1873 — 30 septembre 1897)

THÈME : EUCHARISTIE

 

I SOUVENIRS D’ENFANCE

 

Thérèse a environ quatre ans, sa sœur Céline en a huit.

Céline disait un jour : " Comment cela se fait-il que le bon Dieu peut être dans une si petite hostie ? " Thérèse répond alors : " Ce n’est pas étonnant puisque le bon Dieu est tout puissant. " -- " Qu’est ce que veut dire tout puissant ? " -- " Mais c’est de faire tout ce qu’il veut ! " (Ms A, 10r°)

Tous les après-midi, j’allais faire une petite promenade avec Papa, nous faisions ensemble notre visite au Saint Sacrement, visitant chaque jour une nouvelle église. (Ms A, 13v°)

J’aimais surtout les processions du Saint Sacrement, quelle joie de semer des fleurs sous les pas du Bon Dieu ! … mais avant de les y laisser tomber je les lançais le plus haut que je pouvais et je n’étais jamais aussi heureuse qu’en voyant mes roses effeuillées toucher l’Ostensoir sacré… (Ms A, 17r°)

 

Thérèse a douze ans ou treize ans. Son seul ami : Jésus au Saint Sacrement

Je montais à la tribune de la chapelle et je restais devant le Saint Sacrement jusqu’au moment où Papa venait me chercher, c’était ma seule consolation, Jésus n’était-il pas mon unique ami ? Je ne savais parler qu’à lui, les conversions avec les créatures, même les conversions pieuses me fatiguaient l’âme. Je sentais qu’il valait mieux parler à Dieu que de parler de Dieu, car il se mêle tant d’amour propre dans les conversions spirituelles. (Ms A, 41r°)

 

Le cantique de Céline (PN 18, strophe 10 (souvenirs d’enfance))

Oh ! que j’aimais Jésus-Hostie

Qui vint au matin de ma vie

Se fiancer à mon âme ravie

Oh ! que j’ouvris avec bonheur

Mon cœur !…

 

En rentrant à Lisieux (de son pèlerinage de Rome pour voir le Pape au sujet de son entrée au Carmel), elle envoya son bracelet d’or aux chapelains de Montmartre pour qu’il soit fondu pour faire partie du grand ostensoir, désir qui montre clairement le désire de Thérèse de veiller jour et nuit près de Jésus dans l’Eucharistie.

Note : L’ostensoir contient le bracelet en or de Thérèse est au Sacré Cœur, à Paris, où Jésus au Très Saint Sacrement est perpétuellement adoré.

 


II ADORATION, ACTIONS DE GRÂCE

 

Les Sacristines du Carmel (Poésie PN 40, Novembre 1896)

 

Ici-bas notre doux office

Est de préparer pour l’autel,

Le pain, le vin du Sacrifice

Qui donne à la terre : " Le Ciel ! "

 

Le Ciel, ô mystère suprême !

Se cache sous un humble pain

Car le Ciel, c'est Jésus Lui-Même,

Venant à nous chaque matin.

 

Il n'est pas de reines sur terre

Qui soient plus heureuses que nous.

Notre office est une prière

Qui nous unit à notre Époux.

 

Les plus grands honneurs de ce monde

Ne peuvent pas se comparer

A la paix céleste et profonde

Que Jésus nous fait savourer.

 

Nous portons une sainte envie

A l'ouvrage de notre main,

A la petite et blanche hostie

Qui doit voiler l'Agneau divin.

 

Mais son amour nous a choisies

Il est notre Époux, notre Ami.

Nous sommes aussi des hosties

Que Jésus veut changer en Lui.

 

Mission sublime du Prêtre,

Tu deviens la nôtre ici-bas

Transformées par le Divin Maître

C'est Lui qui dirige nos pas.

 

Nous devons aider les apôtres

Par nos prières, notre amour

Leurs champs de combats sont les nôtres

Pour eux nous luttons chaque jour.

 

Le Dieu caché du tabernacle

Qui se cache aussi dans nos cœurs

A notre voix, ô quel miracle !

Daigne pardonner aux pécheurs !

 

Notre bonheur et notre gloire

C'est de travailler pour Jésus.

Son beau Ciel voilà le ciboire

Que nous voulons combler d'élus !...

 

Lettre à sœur Marie de l’Eucharistie (LT 234, 2 juin 1897)

A ma petite Sœur chérie, souvenir du beau jour où l’Époux de son âme daigne poser son signe sur le front qu'Il s'apprête à couronner un jour devant tous les Élus...

Autrefois le Ciel entier se réunit le 2 Juin, afin de contempler ce mystère d'amour : Jésus, le doux Jésus de l'Eucharistie se donnant pour la première fois à Marie. Il est là encore aujourd'hui ce beau Ciel compose des Anges et des Saints, il est là, contemplant avec ravissement : Marie se donnant à Jésus devant le monde étonné d'un sacrifice qu'il ne comprend pas. Ah ! s'il avait compris le regard que Jésus abaissa sur Marie au jour de sa première visite, il comprendrait aussi le signe mystérieux qu'elle veut recevoir aujourd'hui de Celui qui l'a blessée d'amour... Ce n'est plus le gracieux voile aux longs plis neigeux qui doit envelopper Marie de l'Eucharistie, c'est un sombre voile qui rappelle à l’Épouse de Jésus qu'elle est exilée, que son Époux n'est point un Époux qui doit la conduire dans les fêtes, mais sur la montagne du Calvaire. Désormais, Marie ne doit plus rien regarder ici-bas, rien que le Dieu miséricordieux, Le JÉSUS de l'EUCHARISTIE !…

La petite Sr Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

 

Les anges à la crèche (Récréations pieuses, RP 2)

[Scène 4]

L'ANGE DE L'EUCHARISTIE s'avance tenant un calice surmonté d'une hostie rayonnante. Il chante sur l'air : " sur terre tout n'est pas rose "

1

Contemplez, ange mon Frère,

Jésus montant vers le Ciel

Moi, je viens sur cette terre

Pour l’adorer à l'autel

Caché dans l'Eucharistie

Je vois le Dieu Tout-Puissant

Je vois l'Auteur de la vie

Bien plus petit qu'un enfant !...

Refrain

Désormais au sanctuaire

Ah ! je veux fixer mon séjour

Offrir à Dieu ma prière

Et l'hymne de mon amour.

2

Je veux chanter sur ma lyre

les charmes du Dieu caché

Je veux en un saint délire

M'enivrer de sa beauté

Ah ! que ne puis-je au tabernacle

Me nourrir du Dieu d'amour

Et par un très doux miracle

M'unir à Lui chaque jour.

Refrain

Oh ! du moins à l'âme sainte

Je veux prêter mon ardeur

Afin que sans nulle crainte

Elle approche du Sauveur !...

L'ANGE DE LA SAINTE FACE

Divin Jésus, voilà bien la dernière limite de ton amour ; après avoir rendu visible aux faibles créatures ta Face adorable dont les séraphins ne peuvent soutenir l'éclat, tu veux la cacher sous un voile plus épais encore que celui de la nature humaine… Mais, Jésus, je vois rayonner dans l'hostie la splendeur de ton visage. (Il s'agenouille devant l'hostie.) Ils ne sont point cachés pour moi, tes charmes ravissants..... Je vois ton ineffable regard pénétrer dans les âmes pures, les inviter à te recevoir... Comme la colombe qui se cache dans le creux de la pierre, ainsi tes épouses rechercheront-elles ton visage. Je vois leurs cœurs tourner vers toi et venir se réfugier près du tabernacle de ton amour !

[Scène 5]

L'ANGE DE L'EUCHARISTIE

Pain vivant descendu des Cieux !.... Grappe dorée qui fera germer les vierges, daigne aussi me faire entendre le doux son de ta voix, à moi qui jusqu'à la fin des siècles t'adorerai dans le sanctuaire. O Verbe divin que l'amour doit réduire au silence, il faudrait que les ministres de tes autels te touchent avec la même délicatesse que Marie lorsqu'elle t'enveloppe de langes.... Mais hélas ! bien souvent ton amour sera méconnu et tes prêtres ne seront pas dignes de leur sublime caractère.... O Dieu caché !... dis-moi, que pourrai-je faire afin de te consoler ?…

JÉSUS

12

Ange de mon Eucharistie

C'est toi qui charmeras mon cœur

Oui, c'est ta douce mélodie

Qui consolera ma douleur.

13

J'ai soif de me donner aux âmes

Mais bien des cœurs sont languissants

Séraphin, donne-leur tes flammes

Attire-les par tes doux chants.

14

Je voudrais que l'âme du Prêtre

Ressemble au séraphin du Ciel !

Je voudrais qu'il puisse renaître

Avant de monter à l'Autel !...

15

Afin d'opérer ce miracle

Il faudrait que, priant toujours

Des âmes près du tabernacle

S’immolent pour moi chaque jour.

 


III SUR L’IMPORTANCE DE LA COMMUNION

 

" Ce n’est pas pour rester dans le ciboire d’or que Dieu descend chaque jour du Ciel, c’est afin de trouver un autre Ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier, le Ciel de notre âme, faite à son image, le temple vivant de l’adorable Trinité !… " (Ms A, 48r°)

 

Mon Chant d’Aujourd’hui (Poésie PN5, Strophe 8)

Pain Vivant, Pain du Ciel, divine Eucharistie

O Mystère sacré ! que l'Amour a produit...

Viens habiter mon cœur, Jésus, ma blanche Hostie

Rien que pour aujourd'hui.

 

Mère Agnès de Jésus :

Un jour qu’elle (Thérèse, proche de sa mort) vint à la Messe et communia, je me mis à pleurer et ne pus aller aux Heures. Je la suivis dans sa cellule et je la verrai toujours, assise sur son petit banc et le dos appuyé sur la pauvre cloison de planches. Elle était exténuée et me regardait d’un air triste et si doux ! Mes larmes redoublèrent et devinant combien je la faisais souffrir, je lui en demandai pardon à genoux. Elle me répondit simplement : " Ce n’est pas trop souffrir pour gagner une Communion !… " "

Sœur Marie du Sacré-Cœur :

Au Carmel sa grande souffrance fut de ne pas communier tous les jours. Elle disait, quelque temps avant sa mort, à Mère Marie de Gonzague, qui avait peur de la Communion quotidienne : " Ma Mère, quand je serai au Ciel, je vous ferai changer d’avis. "

C’est ce qui arriva. Après la mort sa mort, l’aumônier nous donna la communion tous les jours et Mère Marie de Gonzague au lieu de se révolter comme autrefois, en fut très heureuse.

 

Lette à Marie Guérin (LT 92, Jeudi 30 Mai 1889)

Ma petite sœur chérie

Tu as bien fait de m'écrire, j’ai tout compris... tout, tout, tout !…

Tu n’as pas fait l’ombre du mal, je sais si bien ce que sont ces sortes de tentations que je puis te l’assurer sans crainte, d'ailleurs Jésus me le dit au fond du cœur... I1 faut mépriser toutes ces tentations, n'y faire aucune attention.

Faut-il te confier une chose qui m'a fait beaucoup de peine ?…

C'est que ma petite Marie a laissé ses communions... le jour de l'Ascension et le dernier jour du mois de Marie !... Oh ! que cela a fait de peine à Jésus !...

I1 faut que le démon soit bien fin pour tromper ainsi une âme!... mais ne sais-tu pas, ma chérie, que c'est là tout le but de ses désirs. I1 sait bien, le perfide, qu'il ne peut faire pécher une âme qui voudrait être toute à Jésus, aussi n'essaye-t-il que de le lui faire croire. C'est déjà beaucoup pour lui de mettre le trouble dans cette âme, mais pour sa rage il faut autre chose, il veut priver Jésus d'un tabernacle aimé, ne pouvant entrer dans ce sanctuaire, il veut du moins qu'il demeure vide et sans maître !... Hélas que deviendra ce pauvre cœur?. . Quand le diable a réussi à éloigner une âme de la Ste Communion il a tout gagné... Et Jésus pleure !...

O ma chérie, pense donc que Jésus est là dans le tabernacle exprès pour toi, pour toi seule, il brûle du désir d'entrer dans ton cœur... Va, n'écoute pas le démon, moque-toi de lui et va sans crainte recevoir le Jésus de la paix et de l'amour !…

Mais je t'entends dire : " Thérèse dit cela parce qu'elle ne sait pas... elle ne sait pas comme je le fais bien exprès... cela m'amuse... et puis je ne puis communier, puisque je crois faire un sacrilège, etc., etc., etc. " Si, ta pauvre petite Thérèse sait bien, je te dis qu'elle devine tout, elle t'assure que tu peux aller sans crainte recevoir ton seul ami véritable... Elle aussi a passé par le martyre du scrupule mais Jésus lui a fait la grâce de communier quand même, alors même qu'elle croyait avoir fait de grands péchés... eh bien ! je t'assure qu'elle a reconnu que c'était le seul moyen de se débarrasser du démon, car quand il voit qu'il perd son temps il vous laisse tranquille!...

Non, il est IMPOSSIBLE qu’un cœur " qui ne se repose qu'à la vue du tabernacle " offense Jésus au point de ne pouvoir le recevoir. Ce qui offense Jésus, ce qui le blesse au cœur c’est le manque de confiance !...

Petite Sœur, avant de recevoir ta lettre je pressentais tes angoisses, mon cœur était uni à ton cœur, cette nuit dans mon rêve je tâchais de te consoler, mais hélas je ne pouvais y réussir !... Je ne vais pas être plus heureuse aujourd'hui à moins que Jésus et la Ste Vierge me viennent en aide; j'espère que mon désir va être réalisé et que le dernier jour de son mois, la Ste Vierge va guérir ma petite sœur chérie. Mais pour cela il faut prier, beaucoup prier, si tu pouvais mettre un cierge à Notre-Dame-des-Victoires... j'ai tant de confiance en elle ?...

Ton cœur est fait pour aimer Jésus, pour l'aimer passionnément, prie bien afin que les plus belles années de ta vie ne se passent pas en craintes chimériques.

Nous n'avons que les courts instants de notre vie pour aimer Jésus, le diable le sait bien, aussi tâche-t-il de la consumer en travaux inutiles...

Petite Sœur chérie, communie souvent, bien souvent... Voilà le seul remède si tu veux guérir, Jésus n'a pas mis pour rien cet attrait dans ton âme. (Je crois qu'il serait content si tu pouvais reprendre tes Communions manquées, car alors la victoire du démon serait moins grande puisqu'il n'aurait pu réussir à éloigner Jésus de ton cœur.) Ne crains pas d'aimer trop la Ste Vierge, jamais tu ne l'aimeras assez, et Jésus sera bien content puisque la Ste Vierge est sa Mère.

Adieu petite Sœur, pardonne mon brouillon que je ne puis même relire, le temps me manquant, embrasse pour moi tous les miens.

Sr Thérèse de l'Enfant Jésus

 

Jeanne d’Arc (Récréations pieuses RP 3, Scène 6)

Thérèse compose une pièce sur Jeanne d’Arc. Peu de temps avant le bûcher, Jean Massieu demande à Jeanne si elle a un dernier désir…

Oh ! oui, j'ai un désir et si vous pouviez m'obtenir la grâce que je souhaite, je vous en aurais une éternelle reconnaissance. Je voudrais avant de mourir recevoir une dernière fois la Sainte Communion... C'est Jésus caché sous les voiles de la blanche hostie qui pourra seul me donner la force de marcher à la mort... Quand je sentirai son Divin Cœur battre près du mien, il me semble que le feu de son amour me fera supporter avec courage l'ardeur du bûcher...

 


IV L’AMOUR N’EST PAS AIMÉ : SACRÉ CŒUR ET EUCHARISTIE

 

Jésus mon Bien-Aimé, rappelle-toi !… (Poésie PN 24, strophes 28, 29, Octobre 1885)

 

Rappelle-toi que montant vers Le Père

Tu ne pouvais nous laisser orphelins

Et te faisant prisonnier sur la terre

Tu sus voiler tous tes rayons divins

Mais l'ombre de ton voile est lumineuse et pure

Pain Vivant de la foi, Céleste Nourriture

O mystère d'amour !

Mon Pain de chaque jour

Jésus, c'est Toi!...

 

Jésus, c'est toi qui malgré les blasphèmes

Des ennemis du Sacrement d'Amour

C'est toi qui veux montrer combien tu m'aimes

Puisqu'en mon cœur tu fixes ton séjour

O Pain de l'exilé ! Sainte et Divine Hostie

Ce n'est plus moi qui vis, mais je vis de ta vie.

Ton ciboire doré

Entre tous préféré

Jésus, c'est moi !

 

Lettre à Marie Guérin (LT 109, fin juillet 1890)

Marie du Saint Sacrement !... ton nom te dit ta mission... Consoler Jésus, le faire aimer des âmes... Jésus est malade et il faut remarquer que la maladie de l'amour ne se guérit que par l'amour!... Marie, donne bien tout ton cœur à Jésus, il en a soif, il en est affamé, ton cœur, voilà ce qu'il ambitionne au point que pour l'avoir pour Lui, il consent à loger sous un réduit sale et obscur!... Ah! comment ne pas aimer un ami qui se réduit à une si extrême indigence, comment oser alléguer encore sa pauvreté quand Jésus se rend semblable à sa Fiancée... I1 était riche et il s'est fait pauvre pour unir sa pauvreté à la pauvreté de Marie du St Sacrement... Quel mystère d'amour !...

 

Au Sacré Cœur de Jésus (Poésie PN 23, strophe 5, 6)

 

Tu m'as entendue, seul Ami que j'aime

Pour ravir mon cœur, te faisant mortel

Tu versas ton sang, mystère suprême !…

Et tu vis encor pour moi sur l'Autel.

 

Si je ne puis voir l'éclat de ta Face,

Entendre ta voix remplie de douceur

Je puis, ô mon Dieu, vivre de ta grâce

Je puis reposer sur ton Sacré Cœur !

 

O Cœur de Jésus, trésor de tendresse

C'est toi mon bonheur, mon unique espoir,

Toi qui sus charmer ma tendre jeunesse

Reste auprès de moi jusqu'au dernier soir

 

Seigneur, à toi seul j'ai donné ma vie

Et tous mes désirs te sont bien connus

C'est en ta bonté toujours infinie

Que je veux me perdre, ô Cœur de Jésus !

 


V RESTER CACHÉ POUR TROUVER JÉSUS CACHÉ DANS L’EUCHARISTIE

 

" Le propre de l’amour est de s’abaisser " (Ms A, 2r°)

 

Vivre d’Amour !… (Poésie PN 17, strophe 3)

 

Vivre d’Amour, c’est vivre de ta vie,

Roi glorieux, délice des élus.

Tu vis pour moi, caché dans une hostie

Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !

 

A des amants, il faut la solitude

Un cœur à cœur qui dure nuit et jour

Ton seul regard fait ma béatitude

Je vis d’Amour !…

 

Lettre à Mère Agnès de Jésus (LT 140, 20 février 1893)

Qu'il m'est doux de pouvoir vous donner ce nom !... Depuis longtemps déjà vous étiez ma Mère, mais c'était dans le secret du cœur que je donnais ce doux nom à celle qui était à la fois mon Ange gardien et ma Sœur ; aujourd'hui le bon Dieu vous a consacrée... vous êtes véritablement ma Mère et vous le serez pendant toute l'éternité... Oh ! que ce jour est beau pour votre enfant !... Le voile que Jésus a jeté sur cette journée la rend plus lumineuse encore à mes yeux, c'est le cachet de la face adorable, le parfum du bouquet mystérieux, qui est répandu sur vous. Sans doute il en sera toujours ainsi, " celui dont le visage était caché ", Celui qui est encore caché dans sa petite hostie blanche et qui ne se communique aux âmes que voilé, saura répandre sur la vie entière de l'apôtre bien-aimée de sa divine Face un voile mystérieux que Lui seul pourra pénétrer !

 

L'atome de Jésus-Hostie (Poésie PN19)

(Pensées de St Saint Vincent de Paul mises en vers à sa demande)

 

Je ne suis qu'un grain de poussière

Mais je veux fixer mon séjour

Dans les ombres du sanctuaire

Avec le Prisonnier d'Amour

Ah ! vers l'hostie mon âme aspire

Je l'aime et ne veux rien de plus

C'est le Dieu caché qui m'attire,

Je suis l'atome de Jésus.....

 

Je veux rester dans l'ignorance

Dans l'oubli de tout le créé

Et consoler par mon silence

L'Hôte du ciboire sacré.

Oh ! je voudrais sauver les âmes

Des pécheurs faire des élus...

D'un apôtre donnez les flammes

A votre atome, doux Jésus !...

 

Si je suis méprisée du monde,

S'il me regarde comme un rien,

Une paix divine m'inonde

Car j'ai l'hostie pour mon soutien,

Quand je m'approche du ciboire

Tous mes soupirs sont entendus...

Être un néant, voilà ma gloire,

Je suis l'atome de Jésus...

 

Parfois lorsque le Ciel est sombre

L'atome ne pouvant voler

Il aime se cachant dans l'ombre

A la porte d'or s'attacher,

Alors la Divine lumière

Qui réjouit tous les élus

Vient réchauffer sur cette terre

Le pauvre atome de Jésus...

 

Sous les chauds rayons de la grâce

L'atome devient scintillant

Quand la légère brise passe

I1 se balance doucement...

Oh ! quel ineffable délice

Quels bienfaits n'a-t-il pas reçus...

Jusqu'auprès de l'hostie se glisse

Le pauvre atome de Jésus...

 

Se consumant près de l'hostie

Dans le tabernacle d'amour

Ainsi s'écoulera ma vie

En attendant le dernier jour

Quand l'épreuve sera finie

Volant au séjour des élus

L'Atome de l'Eucharistie

Brillera près de son Jésus !…..

 

Mes Désirs auprès de Jésus caché dans sa Prison d'Amour (Poésie PN 25, Automne 1895)

 

Petite Clef, oh je t'envie !

Car tu peux ouvrir chaque jour

La prison de l'Eucharistie

Où réside le Dieu d'Amour.

 

Mais je puis, ô quel doux miracle !

Par un seul effort de ma foi

Ouvrir aussi le tabernacle

M'y cacher près du Divin Roi...

 

Je voudrais dans le sanctuaire

Me consumant près de mon Dieu

Toujours briller avec mystère

Comme la Lampe du Saint Lieu....

 

Oh ! bonheur... en moi j'ai des flammes

Et je puis gagner chaque jour

A Jésus un grand nombre d'âmes

Les embrasant de son amour...

 

A chaque aurore, je t'envie,

O Pierre Sacrée de l'Autel !

Comme dans l'étable bénie

Sur toi veut naître l’Éternel...

 

Ah ! daigne exaucer ma prière

Viens en mon âme, Doux Sauveur...

Bien loin d'être une froide pierre

Elle est le soupir de ton Cœur !...

 

O Corporal entouré d'anges !

Qu'il est enviable ton sort

Sur toi comme en ses humbles langes

Je vois Jésus mon seul trésor

 

Change mon cœur, Vierge Marie

En un Corporal pur et beau

Pour recevoir la blanche hostie,

Ou se cache ton Doux Agneau.

 

Sainte Patène, je t'envie

Sur toi Jésus vient reposer

Oh ! que sa grandeur infinie

Jusqu'à moi daigne s'abaisser...

 

Jésus comblant mon espérance

De ma vie n'attend pas le soir

Il vient en moi ; par sa présence

Je suis un vivant Ostensoir !...

 

Oh ! que j'envie l'heureux Calice

Où j'adore le Sang divin....

Mais je puis au Saint Sacrifice

Le recueillir chaque matin.

 

Mon âme à Jésus est plus chère

Que les précieux Vases d'or

L'Autel est un nouveau Calvaire

Où pour moi son Sang coule encor...

 

Jésus, Vigne sainte et sacrée,

Tu le sais, O mon Divin Roi

Je suis une grappe dorée

Qui doit disparaître pour toi...

 

Sous le pressoir de la souffrance

Je te prouverai mon amour

Je ne veux d'autre jouissance

Que de m'immoler chaque jour.

 

Ah ! quelle joie, je suis choisie

Parmi les grains de pur Froment

Qui pour Jésus perdent la vie...

Bien grand est mon ravissement !...

 

Je suis ton épouse chérie,

Mon Bien-Aimé, viens vivre en moi

Oh ! viens, ta beauté m'a ravie

Daigne me transformer en Toi !.. .

 


VI MON CIEL EST SOUS LE SOLEIL DE JÉSUS

 

Mon Ciel à Moi (Poésie PN 32, strophe 3)

 

Mon Ciel, il est caché dans la petite Hostie

Oh Jésus, mon Époux, se voile par amour

A ce Foyer Divin je vais puiser la vie

Et là mon Doux Sauveur m'écoute nuit et jour

" Oh ! quel heureux instant lorsque dans ta tendresse

" Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi

" Cette union d'amour, cette ineffable ivresse

Voilà mon Ciel à moi !…

 

Cantique d’une âme ayant trouvé le lieu de son repos !… (Poésie PN 21, strophe 3)

 

O Jésus ! en ce jour, tu combles tous mes vœux

Je pourrai désormais, près de l'Eucharistie

M'immoler en silence, attendre en paix les Cieux.

M'exposant aux rayons de la Divine Hostie

A ce foyer d'amour, je me consumerai

Et comme un séraphin, Seigneur, je t'aimerai.

 

Début de la lettre à sœur Marie de Saint-Joseph (LT 205, Décembre 1896)

Que c’est vilain de passer son temps à se morfondre, au lieu de s’endormir sur le Cœur de Jésus…

 

L’Abandon est le fruit délicieux de l’Amour (Poésie PN 52, Strophes 11 et 12, mai 1897)

Mon doux Soleil de vie

O mon Aimable Roi

C'est ta Divine Hostie

Petite comme moi....

De sa Céleste Flamme

Le lumineux rayon

Fait naître dans mon âme

Le parfait Abandon.

 


VII PRIÈRES DIVERSES

 

" Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. " (Ms C, 24v°)

 

Prière à Jésus au tabernacle (Pri 7, 16 juillet 1895)

Jésus

Ô Dieu caché dans la prison du tabernacle ! c'est avec bonheur que je reviens près de vous chaque soir, afin de vous remercier des grâces que vous m'avez accordées et d'implorer mon pardon pour les fautes que j'ai commises pendant la journée qui vient de s'écouler comme un songe....

Ô Jésus ! que je serais heureuse si j'avais été bien fidèle, mais hélas ! souvent le soir je suis triste car je sens que j'aurais pu mieux répondre à vos grâces.... Si j'étais plus unie à Vous, plus charitable avec mes sœurs, plus humble et plus mortifiée, j'aurais moins de peine à m'entretenir avec vous dans l'oraison. Cependant, ô mon Dieu ! bien loin de me décourager par la vue de mes misères, je viens à vous avec confiance, me souvenant que : " Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. " Je vous supplie donc de me guérir, de me pardonner, et moi je me souviendrai, Seigneur, " que l'âme à laquelle vous avez remis davantage, doit aussi vous aimer plus que les autres !... " Je vous offre tous les battements de mon cœur comme autant d'actes d'amour et de réparation et je les unis à vos mérites infinis. Je vous supplie, ô mon Divin Époux, d'être vous-même le Réparateur de mon âme, d'agir en moi sans tenir compte de mes résistances, enfin je ne veux plus avoir d'autre volonté que la vôtre ; et demain, avec le secours de votre grâce, je recommencerai une nouvelle vie dont chaque instant sera un acte d'amour et de renoncement.

Après être ainsi venue chaque soir au pied de votre Autel, j'arriverai enfin au dernier soir de ma vie, alors commencera pour moi le jour sans couchant de l’éternité où je me reposerai sur votre Divin Cœur des luttes de l’exil !…

Ainsi soit-il.

 

Prière pour obtenir l’humilité (Pri 20, paragraphe 2 et 3 , 16 juillet 1897)

Je veux m'abaisser humblement et soumettre ma volonté à celle de mes sœurs, ne les contredisant en rien et sans rechercher si elles ont, oui ou non, le droit de me commander. Personne, ô mon Bien-Aimé, n'avait ce droit envers vous et cependant vous avez obéi non seulement à la Ste Vierge et à St Joseph, mais encore à vos bourreaux. Maintenant c'est dans l'Hostie que je vous vois mettre le comble à vos anéantissements. Quelle n'est pas votre humilité ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre à tous vos prêtres sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ce qui sont, hélas ! tièdes ou froids dans votre service… A leur appel vous descendez du ciel, ils peuvent avancer, retarder l’heure du St Sacrifice, toujours vous êtes prêt…

Ô mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche Hostie que vous m'apparaissez doux et humble de cœur ! Pour m'enseigner l'humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage, aussi je veux, afin de répondre à votre amour, désirer que mes sœurs me mettent toujours à la dernière place et bien me persuader que cette place est la mienne.

" Ô Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ! "

 

Une petite Hostie (Réactions pieuses RP5, 10)

Jésus, le Bel Enfant Divin,

Pour vous communiquer sa vie

Transforme en Lui chaque matin

Une petite et blanche Hostie.

 

Avec bien plus d’amour encor

Il veut vous changer en Lui-même

Votre cœur est son cher trésor

Son bonheur et sa joie suprême.

 

Noël, Noël

Je descends du Ciel

Pour dire à votre âme ravie

L’Agneau si Doux

S’abaisse vers vous

Soyez sa blanche et pure Hostie.

 

Poésie supplémentaire (PS8)

 

Toi qui connais ma petitesse extrême

Tu ne crains pas de t'abaisser vers moi !

Viens en mon cœur, ô blanche Hostie que j'aime

Viens en mon cœur, il aspire vers toi !

Ah ! je voudrais que ta bonté me laisse

Mourir d'amour après cette faveur.

Jésus ! entends le cri de ma tendresse.

Viens en mon cœur !

 

Pourquoi je t’aime, ô Marie (Poésie PN 54, strophe 5, Mai 1897)

O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse

Comme toi je possède en moi Le Tout-Puissant

Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :

Le trésor de la mère appartient à l’enfant

Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie

Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?

Aussi lorsqu’en mon cœur descend la blanche Hostie

Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !…