Concile de Trente - SESSION XIII - 11 octobre
1551
Décret sur le très saint sacrement de lEucharistie
Le saint concile cuménique et général de Trente légitimement rassemblé dans lEsprit Saint sous la présidence du légat et des nonces du saint Siège apostolique, sest réuni, non sans être particulièrement conduit et gouverné par lEsprit Saint, dans le but dexposer la véritable et antique doctrine sur la foi et les sacrements et pour porter remède à toutes les hérésies et à tous les autres très graves dommages qui, aujourdhui, troublent malheureusement lÉglise de Dieu et la divisent en de nombreuses et diverses parties. Il a cependant, dès le début, eu spécialement à cur darracher jusquà la racine livraie des erreurs et schismes exécrables que lennemi, en ces temps malheureux qui sont les nôtres, a semé1 dans la doctrine de la foi, dans lusage et le culte de la sainte Eucharistie, elle que notre Sauveur a pourtant laissée dans son Eglise comme le symbole de cette unité et de cet amour par lesquels il a voulu que tous les chrétiens soient unis et reliés entre eux. Cest pourquoi ce même saint concile, transmettant la saine et authentique doctrine concernant ce vénérable et divin sacrement de lEucharistie, que lÉglise catholique, instruite par Jésus Christ notre Seigneur lui-même et par les apôtres, enseignée par lEsprit Saint lui rappelant de jour en jour la vérité tout entière2, a toujours gardé et conservera jusquà la fin du monde, interdit à tous les chrétiens doser croire, enseigner ou prêcher désormais sur la très sainte Eucharistie autre chose que ce qui est expliqué et défini par le présent décret.
Chapitre I. La présence réelle
de notre Seigneur Jésus Christ
dans le très saint sacrement de lEucharistie
En premier lieu, le saint concile enseigne et professe ouvertement et sans détour que dans le vénérable sacrement de la sainte Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, notre Seigneur jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, est vraiment, réellement et substantiellernent contenu sous lapparence de ces réalités sensibles. Il ny a en effet aucune opposition à ce que notre Sauveur lui-même siège toujours dans les cieux à la droite du Père, selon un mode dexistence qui est naturel, et à ce que néanmoins il soit pour nous sacramentellement présent en de nombreux autres lieux en sa substance, par un mode dexistence que nous pouvons à peine exprimer par des mots, et que nous pouvons cependant reconnaître et constamment croire comme possible à Dieu2, par notre pensée éclairée par la foi. Cest ainsi en effet que tous nos ancêtres, qui ont tous été dans le véritable Église du Christ et ont traité de ce très saint sacrement, ont professé très ouvertement que notre Rédempteur a institué ce sacrement si admirable lors de la dernière Cène, lorsque, après avoir béni le pain et le vin, il attesta en termes clairs et précis quil leur donnait son propre corps et son propre sang. Ces paroles, rappelées par les saints évangélistes3 et répétées ensuite par saint Paul4, se présentent en un sens propre est très clair, selon ce que les Pères ont compris. Aussi est-ce le scandale le plus indigne de voir certains hommes querelleurs et pervers les ramener à des figures de style sans consistance et imaginaires, par lesquelles est niée la vérité de la chair et du sang du Christ, contre le sentiment universel de lÉglise, elle qui en tant que colonne et fondement de la vérité5, déteste comme sataniques ces inventions imaginées par des hommes impies, elle qui reconnaît, dun esprit qui sait toujours rendre grâces et se souvenir, cet insigne bienfait du Christ.
Chapitre II Raison de linstitution de
ce très saint sacrement
Donc, notre Sauveur, allant quitter ce monde pour le Père, a institué ce sacrement dans lequel il a en quelque sorte répandu les richesses de son amour divin pour les hommes, laissant un mémorial de ses merveilles6, et il nous a donné dans la réception de ce sacrement de célébrer sa mémoire7 et dannoncer sa mort jusquà ce quil vienne8 pour juger lui-même le monde. Il a voulu ce sacrement comme aliment spirituel des âmes qui nourrit et fortifie ceux qui vivent de sa vie, lui qui a dit : qui me mange vivra lui-même par moi9 et comme antidote nous libérant des fautes quotidiennes et nous préservant des péchés mortels. Il a voulu, en outre, que ce soit le gage de notre gloire à venir et de notre félicité éternelle, en même temps quun symbole de cet unique corps dont il est lui-même la tête10 et auquel il a voulu que nous, en tant que ses membres, nous soyons attachés par les liens les plus étroits de la foi, de lespérance et de la charité, en sorte que nous disions tous la même chose et quil ny ait pas de divisions parmi nous11.
Chapitre III. Excellence de la très sainte
Eucharistie par rapport aux autres sacrements
La très sainte Eucharistie a, certes, ceci de commun avec les autres sacrements quelle est le ´ symbole dune réalité sainte et la forme visible dune grâce invisible12 ª. Mais ce que lon trouve en elle dexcellent et de particulier est que les autres sacrements ont la vertu de sanctifier lorsque quelquun y a recours, alors que dans lEucharistie se trouve lauteur même de la sainteté avant quon ne la reçoive. En effet, les apôtres navaient pas encore reçu lEucharistie de la main du Seigneur13 quil affirmait pourtant que cétait vraiment son corps quil présentait ; et ce fut toujours la foi dans lÉglise de Dieu que, immédiatement après la consécration, le véritable corps et le véritable sang de notre Seigneur se trouvaient sous les espèces du pain et du vin en même temps que son âme et sa divinité. Certes, si le corps se trouve sous lespèce du pain, et le sang sous lespèce du vin par la vertu des paroles, le corps lui-même est aussi sous lespèce du vin, le sang sous lespèce du pain, et lâme sous les deux espèces, en vertu de cette connexion naturelle et de cette concomitance qui unissent entre elles les parties du Christ Seigneur14, qui ressuscité des morts ne meurt plus15. La divinité est unie, à cause de cette admirable union hypostatique avec son corps et son âme. Cest pourquoi il est tout à fait vrai que le Christ et contenu sous lune ou lautre espèce16 et sous les deux espèces ensemble. En effet, le Christ est totalement et intégralement sous lespèce du pain et sous nimporte queue partie de cette espèce; il est de même totalement sous lespèce du vin et sous les parties de celle-ci.
Chapitre IV. La transsubstantiation
Parce que le Christ notre Rédempteur a dit quétait vraiment son corps ce quil offrait sous lespèce du pain17, on a toujours été persuadé dans lÉglise de Dieu - et cest ce que déclare de nouveau aujourdhui ce saint concile - que par la consécration du pain et du vin se fait un changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur18 et de toute la substance du vin en la substance de son sang. Ce changement a été justement et proprement appelé, par la sainte Église catholique, transsubstantiation.
Chapitre V. Le culte et la vénération
qui sont dus à ce très saint sacrement
Cest pourquoi il ne reste aucune raison
de douter que tous les chrétiens selon la
coutume reçue depuis toujours dans lÉglise catholique, rendent
avec vénération le culte de latrie, qui est dû au vrai Dieu,
à ce très saint sacrement. En effet, celui-ci ne doit pas être
moins adoré parce quil a été institué par
le Christ Seigneur pour nous nourrir. Car nous croyons quen lui est présent
ce même Dieu que le Père éternel a introduit dans le monde
en disant: Et que tous les anges de Dieu ladorent19,
lui que les mages ont adoré en se prosternant20, lui enfin
dont lÉcriture témoigne quil fut adoré en Galilée
par les apôtres21. En outre, le saint concile déclare
que la coutume a été pieusement et religieusement introduite dans
lÉglise de Dieu de célébrer chaque année,
en un jour de fête particulier, ce sacrement éminent et vénérable
dans une vénération et une solennité spéciales22
et de porter celui-ci avec respect et honneur dans des processions à
travers les rues et les places publiques. Il est, en effet, très juste
quil y ait des jours saints fixés où tous les chrétiens,
par des manifestations singulières et extraordinaires, attestent de leur
reconnaissance et de leur mémoire envers leur commun Seigneur et Rédempteur
pour un bienfait si ineffable et vraiment divin, par lequel sont représentés
sa victoire et son triomphe sur la mort. Et ainsi a-t-il fallu que la vérité
victorieuse du mensonge et de lhérésie triomphe, pour que
ses adversaires, placés face à une si grande splendeur et à
la joie si grande de lEglise universelle, ou bien affaiblis et brisés
dépérissent, ou bien, pris de honte et de confusion, viennent
un jour à résipiscence.
Chapitre VI. Le sacrement de la sainte Eucharistie
que lon conserve et que lon porte aux malades
La coutume de conserver la sainte Eucharistie en un lieu sacré est si ancienne que le siècle du concile de Nicée23 la connaissait déjà. En outre, porter cette sainte Eucharistie aux malades et, pour ce faire, la conserver soigneusement dans les églises non seulement est chose très équitable en même temps que conforme à la raison, mais est aussi prescrit par de nombreux conciles24 et observé par une très ancienne coutume de lÉglise catholique. Cest pourquoi ce saint concile a statué quil fallait garder absolument cette coutume salutaire et nécessaire.
Chapitre VIL La Préparation à
apporter pour quon reçoive
dignement la sainte Eucharistie
Sil ne convient pas que qui que ce soit sapproche dune fonction sacrée si ce nest saintement, à coup sûr plus un chrétien découvre la sainteté et le caractère divin de ce sacrement céleste, plus il doit diligemment veiller à ne sen approcher pour le recevoir quavec grand respect et sainteté, dautant plus que nous lisons dans lApôtre ces mots pleins de crainte : Qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Christ25. Cest pourquoi il faut rappeler à qui veut communier le commandement : Que lhomme séprouve lui-même26. La coutume de lÉglise montre clairement que cette épreuve est nécessaire pour que personne en ayant conscience dun péché mortel, quelque contrit quil sestime, ne sapproche de la sainte Eucharistie sans une confession sacramentelle préalable. Ce saint concile a décrété que cela devait être observé toujours par tous les chrétiens, même par les prêtres qui sont tenus par office de célébrer, du moment quils peuvent avoir recours à un confesseur. Que si, en raison dune nécessité urgente, un prêtre a dû célébrer sans confession préalable, quil se confesse le plus tôt possible.
Chapitre VIII. Lusage de ce sacrement
admirable
Pour ce qui est de lusage, nos pères ont justement et sagement distingué trois manières de recevoir ce saint sacrement. Ils ont enseigné que certains ne le reçoivent que sacramentellement en tant que pécheurs. Dautres ne le reçoivent que spirituellement : ce sont ceux qui, mangeant par le désir le pain céleste qui leur est offert avec cette foi vive qui opère par la charité27, en ressentent le fruit et lutilité. Dautres, enfin, le reçoivent à la fois sacramentellement et spirituellement : ce sont ceux qui séprouvent et se préparent de telle sorte quils sapprochent de cette table divine après avoir revêtu la robe nuptiale28. Dans la réception sacramentelle, lusage a toujours été dans lÉglise de Dieu que les laïcs reçoivent la communion des prêtres et que les prêtres qui célèbrent se communient eux-mêmes ; cette coutume, en tant que venant de la tradition apostolique, doit être maintenue à juste titre et à bon droit. Enfin, avec une affection paternelle, le saint concile avertit, exhorte, demande et conjure, par les entrailles de la miséricorde de Dieu29, tous et chacun de ceux qui portent le nom de chrétiens de se retrouver enfin désormais ne formant quun seul cur, dans ce signe de lunité, dans ce lien de la charité, dans ce symbole de laccord des curs ; se souvenant de la majesté si grande et de lamour si admirable de Jésus Christ notre Seigneur, qui a donné sa chère vie pour prix de notre salut et sa chair pour que nous la mangions30, quils croient et vénèrent les saints mystères de son corps et de son sang avec une foi si constante et ferme, avec un cur si dévot, avec une piété et un respect tels quils puissent recevoir fréquemment ce pain supersubstantiel31. Quil soit vraiment la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit ; que, fortifiés par sa vigueur *, ils soient à même de terminer le chemin de leur malheureux pèlerinage pour entrer dans la patrie céleste, où ils seront nourris sans aucun voile par ce pain des anges32 quils mangent seulement sous des voiles sacrés.
Puisquil ne suffit pas de dire la vérité si lon ne fait apparaître et si lon ne réfute pas les erreurs, le saint concile a décidé dajouter les canons suivants pour que tous, une fois bien connue la doctrine catholique, comprennent aussi quelles hérésies doivent être écartées et évitées.
Canons sur le saint sacrement de lEucharistie
1. Si quelquun dit que dans le très saint sacrement de lEucharistie ne sont pas contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang en même temps que lâme et la divinité de notre Seigneur Jésus Christ et, en conséquence, le Christ tout entier, mais dit quils ny sont quen tant que dans un signe ou en figure ou virtuellement : quil soit anathème.
2. Si quelquun dit que, dans le très saint sacrement de lEucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le corps et le sang de notre Seigneur Jésus Christ, et sil nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son corps et toute la substance du vin en son sang, alors que demeurent les espèces du pain et du vin, que lÉglise catholique appelle dune manière très appropriée transsubstantiation quil soit anathème.
3. Si quelquun nie que, dans le vénérable sacrement de lEucharistie,
le Christ tout entier soit contenu sous chaque espèce et sous chacune
des parties de lune ou lautre espèce, après leur séparation
quil soit anathème.
4. Si quelquun dit que, une fois achevée la consécration, le corps et le sang de notre Seigneur Jésus Christ ne sont pas dans ladmirable sacrement de lEucharistie, mais seulement quand on en use en le recevant, ni avant ni après, et que le vrai corps du Seigneur ne demeure pas dans les hosties ou les parcelles consacrées qui sont gardées ou restent après la communion : quil soit anathème.
5. Si quelquun dit ou bien que le fruit principal de la très sainte Eucharistie est la rémission des péchés ou bien quelle ne produit pas dautres effets : quil soit anathème.
6. Si quelquun dit que, dans le saint sacrement de lEucharistie, le Christ, Fils de Dieu, ne doit pas être adoré dun culte de latrie, même extérieur et que, en conséquence, il ne doit pas être vénéré par une célébration festive particulière, ni être porté solennellement en procession selon le rite et la coutume louables et universels de la sainte Église, ni être proposé publiquement à ladoration du peuple, ceux qui ladorent étant des idolâtres : quil soit anathème.
7. Si quelquun dit quil nest pas permis de garder la sainte
Eucharistie dans le
tabernacle, mais quelle doit nécessairement être distribuée
aux assistants immédiatement après la consécration, ou
quil nest pas permis de la porter avec honneur aux malades quil
soit anathème.
8. Si quelquun dit que le Christ présenté dans lEucharistie
est mangé seulement
spirituellement et non pas aussi sacramentellement et réellement : quil
soit anathème.
9. Si quelquun nie que, une fois quils ont atteint lâge
de discrétion, tous et chacun des chrétiens de lun et lautre
sexe sont tenus de communier chaque année au moins à Pâques,
conformément au commandement de notre sainte mère lÉglise
: quil soit anathème.
10. Si quelquun dit quil nest pas permis au prêtre qui célèbre de se communier lui-même quil soit anathème.
11. Si quelquun dit que la foi seule
est une préparation suffisante pour recevoir le
sacrement de la très sainte Eucharistie : quil soit anathème.
Et pour quun si grand sacrement ne soit pas reçu indignement et
donc pour la mort et la condamnation, ce saint Concile statue et déclare
que ceux dont la conscience est chargée dun péché
mortel, quels que contrits quils se jugent, doivent nécessairement
au préalable se confesser sacramentellement, sil se trouve un confesseur.
Si quelquun a laudace denseigner, prêcher ou affirmer
opiniâtrement le contraire ou même le défendre dans des disputes
publiques, quil soit, par le fait même, excommunié.
1 Cf. Mt 13, 24-30, 2 Cf. Jn 14, 26 ; 16, 13 ;
Lc 12, 12. 2 Cf. Mt 19, 26; Lc 18, 27. 3 Cf. Mt 26, 26-28;
Mc 14, 22-24 ; Lc 22, 19-20. 4Cf. 1 Co 11, 24-25. 5
1 Tm 3, 15. 6 Ps 110, 4. 7 Cf. Lc 22, 19; 1 Co 11, 24.
8 Co 11, 26. 9 Jn 6, 58. 10 Cf. 1 Co 11, 3
; Ep 5, 23. 11 Cf. 1 Co 1, 10. 12 Cf. Augustin, De
civit. Dei X, 5 (PL 41, 282 ; CSEL 40, 452 ; BA 34), c. 32 D Il de cons.
(Fr. 1, 1324). 13 Mt 26, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19. 14 Cf
cc. 58, 71 et 78 D Il de cons, (Fr. 1, 1336, 1341 et 1346). 15
Rm 6, 9. 16 c. 35 D. Il de cons. (Fr. 1,1325). 17 Lc
22, 19; Jn 6, 48-59; 1 Co 11, 24. 18 Ambroise, De sacr. IV
4-5 (PL 16, 458-464). 19 Cf Ps 96, 7. 20 Cf. Mt 2,
11. 21Cf. Mt 28, 17 ; Lc 24, 52. 22 Cf. bulle dUrbain
IV, Transiturus de hoc mundo, donnée en 1262, voir c. un. 111 16 in
Clem. (Fr. 2, 1174 s). 23 Cf. Conc. Nicée, c. 13 (voir
plus haut p. 12). 24 Cf. Conc. Latran IV, c. 20 (voir plus haut p.
244). 25 Co 11, 29. 26 1 Co 11, 28. 27 Ga 5,
6. 28 Mt 22, 11-14. 29 Lc 1, 78. 30 Cf. Jn
6, 48-59. 31 Mt 6, 11. [*Cf. 1 R 19, 8.] 32 Cf Ps
77, 25.
Concile de Trente - SESSION XXII - 17 septembre
1562
Doctrine et canons sur le très saint sacrifice de la
messe
Pour que lon garde dans la sainte Église catholique la foi et la doctrine anciennes, absolues et en tout point parfaites sur le grand mystère de lEucharistie, et quon les conserve dans leur pureté, après avoir repoussé erreurs et hérésies, le saint concile cumenique et général de Trente, assemblé dans lEsprit Saint sous la présidence des mêmes légats du Siège apostolique, instruit par la lumière de lEsprit Saint, enseigne, déclare et décrète ce qui suit, qui doit être prêché aux peuples fidèles, concernant lEucharistie en tant que véritable et unique sacrifice.
Cbapitre I
Parce que la perfection navait pas été réalisée sous la première Alliance, au témoignage de lapôtre Paul, en raison de la faiblesse du sacerdoce lévitique, il a fallu, Dieu le Père des miséricordes lordonnant ainsi, que se lève un autre prêtre selon lordre de Melchisédech1, notre Seigneur Jésus Christ, qui pourrait amener à la plénitude et conduire à la perfection tous ceux qui devaient être sanctifiés. Sans doute, lui, notre Dieu et Seigneur, allait-il soffrir lui-même une fois pour toutes à Dieu le Père sur lautel de la croix par sa mort2, afin de réaliser pour eux un rédemption éternelle. Cependant, parce quil ne fallait pas que son sacerdoce soit éteint par la mort, lors de la dernière Cène, la nuit où il fut livré3, il voulut laisser à lÉglise, son épouse bien-aimée, un sacrifice qui soit visible (comme lexige la nature humaine). Par là serait représenté le sacrifice sanglant qui devait saccomplir une fois pour toutes sur la croix, le souvenir en demeurerait jusquà la fin du monde et sa vertu salutaire serait appliquée à la rémission de ces péchés que nous commettons chaque jour. Se déclarant établi prêtre pour toujours selon lordre de Melchisédech4, il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; sous le symbole de celles-ci, il les donna aux apôtres (quil constituait alors prêtres de la nouvelle Alliance) pour quils les prennent; et à ceux-ci ainsi quà leurs successeurs dans le sacerdoce, il ordonna de les offrir en prononçant ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi5, comme la toujours compris et enseigné lÉglise catholique. En effet, ayant célébré la Pâque ancienne, que la multitude des enfants dIsraël immolait en souvenir de la sortie dÉgypte, il institua la Pâque nouvelle où lui-même doit être immolé par lÉglise, par le ministère des prêtres, sous des signes visibles en mémoire de son passage de ce monde à son Père, lorsque, par leffusion de son sang, il nous racheta et nous arracha à la puissance des ténèbres et nous fit passer dans son royaume6. Et cest là loblation pure, qui ne peut être souillée par aucune indignité ou malice de ceux qui loffrent, dont le Seigneur a prédit par Malachie quelle devrait être offerte pure en tout lieu en son nom, qui serait grand parmi les nations7, que lapôtre Paul a désigné sans ambiguïté lorsque, écrivant aux Corinthiens, il dit: ceux qui se sont souillés en participant à la table des démons ne peuvent participer à la table du Seigneur8, entendant par le mot ´ table ª, dans lun et lautre cas, lautel. Cest elle, enfin, qui, au temps de la nature et de la Loi, était figurée par les diverses images des sacrifices, en teint que renfermant en elle tous les biens que ceux-ci signifiaient, en étant la consommation et la perfection de tous.
Chapitre II
Parce que, dans ce divin sacrifice qui saccomplit à la messe, ce même Christ est contenu et immolé de manière non sanglante, lui qui sest offert une fois pour toutes de manière sanglante sur lautel de la Croix, le saint concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et que par lui il se fait que, si nous nous approchons de Dieu avec un cur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents, nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce dun secours opportun9. Apaisé par loblation de ce sacrifice, le Seigneur, en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes. Cest, en effet, une seule et même victime, cest le même qui, soffrant maintenant par le ministère des prêtres, sest offert alors lui-même sur la Croix, la manière de soffrir étant seule différente. Les fruits de cette oblation - celle qui est sanglante - sont reçus abondamment par le moyen de cette oblation non sanglante ; tant il sen faut que celle-ci ne fasse en aucune façon tort à celle-là. Cest pourquoi, conformément à la tradition des apôtres, elle est légitimement offerte, non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres besoins des fidèles vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés.
Chapitre III
Bien que lÉglise ait coutume de célébrer parfois quelques messes en lhonneur et en mémoire des saints, elle enseigne que ce nest pourtant pas à eux que le sacrifice est offert, mais à Dieu seul qui les a couronnés. Aussi le prêtre na-t-il pas lhabitude de dire : je vous offre le sacrifice, Pierre et Paul10, mais, en rendant grâces à Dieu de leurs victoires, il implore leur protection, pour que daignent intercéder pour nous dans les cieux ceux dont nous faisons mémoire sur la terre11.
Chapitre IV
Comme il convient que les choses saintes soient saintement administrées et comme la plus sainte de toutes est ce sacrifice, pour quil soit offert et reçu avec dignité et respect lÉglise catholique a institué, il y a de nombreux siècles12, le saint canon si pur de toute erreur quil nest rien en lui qui ne respire grandement la sainteté et la piété et nélève vers Dieu lesprit de ceux qui loffrent. Il apparaît clairement, en effet, quil est fait soit des paroles mêmes du Seigneur, soit des traditions des apôtres et des pieuses instructions des saints pontifes.
Chapitre V
La nature humaine est telle quelle ne peut facilement sélever à la méditation des choses divines sans des aides extérieures. Cest pourquoi notre pieuse mère lÉglise a institué certains rites, pour que lon prononce à la messe certaines choses à voix basse et dautres à voix plus haute. Elle a aussi introduit des cérémonies, telles que les bénédictions mystiques, les lumières, les encensements, les vêtements et de nombreuses autres choses de ce genre, reçues de lautorité et de la tradition des apôtres. Par là serait soulignée la majesté dun si grand sacrifice, et les esprits des fidèles seraient stimulés, par le moyen de ces signes visibles de religion et de piété, à la contemplation des choses les plus hautes qui sont cachées dans ce sacrifice.
Chapitre VI
Le saint concile souhaiterait, certes, que les fidèles assistant à chaque messe ne communient pas seulement par un désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de lEucharistie, par quoi ils recueilleraient un fruit plus abondant de ce très saint sacrifice. Cependant, sil nen est pas toujours ainsi, il ne condamne pas pour cela, comme privées et illicites, les messes où seul le prêtre communie sacramentellement ; mais il les approuve et les recommande, puisque ces messes doivent elles aussi être regardées comme vraiment publiques, en partie parce que le peuple y communie spirituellement, en partie parce quelles sont célébrées par un ministre public de lÉglise, non pas pour lui seulement, mais pour tous les fidèles, qui appartiennent au corps du Christ.
Chapitre VII
Le saint concile avertit ensuite que lÉglise a prescrit aux prêtres de mêler de leau au vin que lon doit offrir dans le calice13, aussi bien parce que lon croit que le Seigneur Christ a fait ainsi que, aussi, parce que de son côté a coulé de leau en même temps que du sang14, ce que le sacrement rappelle par ce mélange. Et puisque, dans lApocalypse de saint Jean, les eaux sont dites être les peuples15, ainsi est représentée lunion du peuple fidèle avec le Christ, sa tête.
Chapitre VIII
Bien que la messe contienne un grand enseignement pour le peuple fidèle, il na pas cependant paru bon aux pères quelle soit célébrée çà et là en langue vulgaire. Cest pourquoi, tout en gardant partout le rite antique propre à chaque Église et approuvé par la sainte Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises, pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim et que les petits ne demandent pas du pain et que personne ne leur en donne16, le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge dâme de donner quelques explications fréquemment, pendant la célébration des messes, par eux-mêmes ou par dautres, à partir des textes lus à la messe et, entre autres, déclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête.
Chapitre IX
Mais parce que, aujourdhui, contre cette foi ancienne fondée sur le saint Évangile, sur les traditions des apôtres et sur lenseignement des saints pères, de nombreuses erreurs se sont répandues, et quantité de choses ont été enseignées et discutées par quantité de gens, le saint concile, après avoir abondamment, sérieusement et mûrement traité de ces choses, à lunanimité de tous les pères, a décidé de condamner et déliminer de la sainte Église ce qui va à lencontre de cette foi très pure et de cette sainte doctrine, par les canons ci-dessous.
Canons sur le très saint sacrifice de la messe
1. Si quelquun dit que, dans la messe, nest pas offert à Dieu un véritable et authentique sacrifice ou qu´ être offert ª ne signifie pas autre chose que le fait que le Christ nous est donné en nourriture : quil soit anathème.
2. Si quelquun dit que par ces mots : Faites ceci en mémoire de moi17, le Christ na pas institué les apôtres prêtres, ou quil na pas ordonné queux et les autres prêtres offrent son corps et son sang : quil soit anathème.
3. Si quelquun dit que le sacrifice de la messe nest quun sacrifice de louange et daction de grâces, ou simple commémoration du sacrifice accompli sur la Croix, mais nest pas un sacrifice propitiatoire ; ou quil nest profitable quà celui-là seul qui reçoit le Christ et quil ne doit pas être offert pour les vivants et les morts, ni pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités : quil soit anathème.
4. Si quelquun dit que, par le sacrifice de la messe, on commet un blasphème contre le très saint sacrifice du Christ accompli sur la Croix ou quil en constitue un amoindrissement : quil soit anathème.
5. Si quelquun dit que cest une imposture de célébrer la messe en lhonneur des saints et pour obtenir leur intercession auprès de Dieu, comme lentend lÉglise : quil soit anathème.
6. Si quelquun dit que le canon de la messe contient des erreurs et quil doit être abrogé : quil soit anathème.
7. Si quelquun dit que les cérémonies, les vêtements et les signes extérieurs dont lÉglise se sert dans la célébration de la messe sont plutôt des dérisions de limpiété que des marques de piété : quil soit anathème.
8. Si quelquun dit que les messes où seul le prêtre communie sacramentellement sont illicites et doivent donc être abrogées: quil soit anathème.
9. Si quelquun dit que le rite de lEglise romaine, selon lequel une partie du canon et les paroles de la consécration sont prononcées à voix basse, doit être condamné; ou que la messe ne doit être célébrée quen langue vulgaire; ou que leau ne doit pas être mêlée, dans le calice, au vin que lon doit offrir, parce que cela est contraire à linstitution du Christ : quil soit anathème.
1 He 7, 11, 19. 2 Cf. He 7, 27 ; 9, 12 ,26, 28. 3 1 Cf. 1 Co 11, 23. 4 Cf. Ps 109, 4; He 5, 6. 5 Lc 22, 19; 1 Co 11, 24. 6 Cf. Col 1, 13. 7 Cf. Ml 1, 11. 8 Cf. 1 Co 10, 21. 9 He 4, 16. 10 Cf. Augustin, Contra Faustum X-X, 21 (PL 42, 384 ; CSEL 25, 562). 11 Cf- messe romaine, prière Suscipe sancta Trinitas dite par le prêtre qui se lave les mains. 12 Cf. Ambroise, De sacram. IV, 6 (PL 16, 464 ; SC 25) ; c. 6 X. 111 41 (Fr. 2, 636). 13 Cf. Conc. de Carthage 111 (397), c. 24 (Msi 3, 884 ; Bruns 1, 126) et IIe Conc. Braga (572), c. 55, extrait des synodes orientaux (Bruns 2, 54 ; cf. H-L 3, 195), cc. 4-5 et 7 D. II de cons. (Fr. 1, 1315). 14 Cf. Jn 19, 34. 15 Cf. Ap 17, 15. 16 Cf. Lm 4, 4. 17 1 Co 11, 25.